Cuauhtémoc
INFORMATIONS
MEXIQUE 🇲🇽
Longueur hors-tout : 90 m
Maître-bau : 12 m
Tirant d’eau : 5,2 m
Voilure : 2 300 m²
Année de lancement : 1982
Armateur : Marine Nationale Mexicaine
Port d’attache : Acapulco
Présences Armada : 1989, 1994, 2003, 2008, 2013, 2019, 2023
Histoire
Il y a des navires que l’on reconnaît entre mille, et le Cuauhtémoc est de ceux-là. Ses trois mâts élancés à 48 mètres de hauteur, ses 28 voiles déployées au vent, sa figure de proue représentant l’aigle aztèque — tout en lui proclame quelque chose de plus grand qu’un simple voilier. Il est un symbole national.
Construit en 1982 dans les chantiers navals de Bilbao, en Espagne, il est le dernier d’une fratrie de quatre navires-écoles jumeaux nés dans les années 1980 pour les marines latino-américaines — ses frères portent les noms de Gloria (Colombie), Guayas (Équateur) et Simón Bolívar (Venezuela). Tous partagent la même lignée, héritée des grands voiliers-écoles conçus dans les années 1930 par le chantier allemand Blohm & Voss. Le Cuauhtémoc, lui, porte le nom du dernier empereur aztèque — celui qui refusa de se soumettre aux conquistadors espagnols et fut exécuté en 1525 après des mois de torture. En nahuatl, son nom signifie « l’aigle qui descend en piqué sur sa proie ». Un nom de combat, pour un navire qui en impose.
Sa mission est double : former les futurs officiers de la marine mexicaine, et porter les couleurs, la culture et l’histoire du Mexique aux quatre coins du monde. Chaque grande croisière est un voyage diplomatique autant que maritime — c’est pourquoi on l’appelle parfois « l’ambassadeur ». À son actif, des exploits qui forcent le respect : traversée de l’Atlantique en 22 jours, passage du cap Horn en 1993, tour du monde en 2017 avec 234 personnes à bord pendant 289 jours.
À Rouen, le Cuauhtémoc est une institution. Présent dès la toute première Armada en 1989, il n’en a manqué aucune édition — sept participations consécutives, un record parmi les navires étrangers. Son équipage, musiciens et danseurs compris, transforme chaque escale en fête et les files d’attente sur les quais en témoignent : c’est systématiquement l’un des navires les plus visités de l’événement.
En mai 2025, le Cuauhtémoc fait malheureusement la une des journaux du monde entier pour de mauvaises raisons : en perdant sa propulsion lors d’une manœuvre dans l’East River à New York, il percute le pont de Brooklyn toutes voiles déployées. Ses trois mâts se brisent net, deux marins perdent la vie, dix-neuf sont blessés. Un drame pour le Mexique entier, et une page sombre dans l’histoire d’un navire qui avait jusque-là affronté les mers les plus redoutables sans jamais fléchir.
Tout commence en 1968, au chantier Servain de Granville, quand Jean-Pierre Thélot fait construire le navire de ses rêves. Il lui donne les deux prénoms qu’il porte dans son cœur : Charles, celui de son père, et Marie, celui de sa mère, les mêmes que ceux inscrits sur le doris familial qu’il avait connu enfant. Le chalutier est robuste, pensé pour le travail : sa poupe arrondie en cul norvégien est conçue pour faciliter le maniement des chaluts latéraux et des lignes de traîne dans les eaux de la baie du Mont-Saint-Michel. Pendant trente ans, il pêche, il trime, il affronte le large.
En 1998, Pierre Berteau, qui avait embarqué mousse à 14 ans sur ce même bateau avant d’en devenir le capitaine, se fait construire un Charles-Marie II en polyester. L’original se retrouve alors sans avenir, menacé de finir à la casse. C’est l’association Le Ponton, basée à Agon-Coutainville, qui décide de le sauver. Au chantier naval Legueltel de Blainville-sur-Mer, le vieux chalutier est métamorphosé en voilier de charter, gréé en dundee à deux mâts avec des voiles au tiers. Un sauvetage artisanal, mené avec le savoir-faire d’un charpentier de marine et beaucoup de pugnacité.
Labellisé Bateau d’Intérêt Patrimonial depuis 2012, le Charles-Marie propose désormais des sorties en baie du Mont-Saint-Michel et aux îles Chausey, embarquant jusqu’à 26 personnes à la journée. Petit par la taille mais grand par l’histoire, il incarne à lui seul la mémoire vivante de la pêche normande.
